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Soudeur nucléaire en protection réalisant une soudure qualifiée sur une tuyauterie de circuit primaire de grand diamètre, outillage de contrôle à proximité.
DÉVELOPPEMENT DES COMPÉTENCES
8 min de lecture

Deux tiers des embauches sous le Bac+3 : l’inversion des qualifications dans le nucléaire français

La filière doit recruter 100 000 équivalents temps plein d’ici 2035, dont la moitié en remplacement, et deux embauches sur trois vont du CAP au Bac+3 alors que 48 % de l’effectif actuel est diplômé du supérieur. Le génie civil recrute maintenant ; le montage électromécanique à partir de 2028.

Dossier vérifié · 4 septembre 2026 · 13 sources

Note de synthèse

La filière nucléaire française dit devoir recruter 100 000 équivalents temps plein en dix ans pour atteindre 300 000 ETP à l'horizon 2035, à partir de 247 000 emplois comptés à fin 2024, et que les deux tiers de ces embauches se situent du CAP au Bac+3, alors que 48 % des salariés actuels sont cadres ou ingénieurs (Revue Générale Nucléaire, sur la troisième édition du programme Match du GIFEN, 28 octobre 2025). Ce seul décalage est l'histoire. Une filière dont l'effectif actuel est presque à moitié diplômé du supérieur va recruter surtout des techniciens, et la moitié du flux est du remplacement, non de la croissance. Ce dossier confronte l'étude de filière à ce qu'un employeur (Framatome, dont le campus lyonnais de 27 500 m² accueille près de 3 000 personnes en ingénierie, projets et achats) affiche réellement, et énonce quelles conclusions de carrière la preuve soutient, et lesquelles elle ne soutient pas.

I. La demande mesurée, avec son périmètre

Le nombre qui circule comme « 100 000 emplois nucléaires » est un besoin de recrutement, non une création nette. Le délégué général du GIFEN a déclaré le 28 octobre 2025 que la moitié de ces futurs recrutements accompagne l'augmentation de l'activité et que les 50 % restants remplacent les départs à la retraite et les départs sectoriels. Un lecteur qui construit une carrière doit tenir la moitié « remplacement » pour la plus fiable : elle est portée par une démographie déjà enregistrée, non par des décisions de programme qui peuvent glisser.

L'édition 2025 rappelle aussi la base. Le président du GIFEN situe l'écosystème à 247 000 emplois à fin 2024, avec une hausse visible d'environ dix pour cent en équivalents temps plein depuis le début de la décennie, en prévenant que ce chiffre est difficile à comparer précisément aux estimations antérieures. Le premier rapport Match, présenté début 2023, estimait 220 000 ETP, dont 125 000 postes directs très techniques dits cœur de cible ; à fin 2024, ces métiers représentent 163 000 emplois. Une part de la hausse relève d'une dynamique réelle, une autre d'une consolidation des données qui intègre désormais le périmètre du Royaume-Uni accessible à la filière française. Nous imprimons les deux lectures et refusons d'en tirer un taux de croissance entre les deux éditions, puisque le périmètre a changé entre elles.

Une exclusion compte pour qui lit les annonces de start-ups : le GIFEN indique que les besoins des développeurs de SMR et d'AMR ne sont pas pris en compte dans ce travail. La demande liée aux petits réacteurs modulaires est donc hors de tous les chiffres de ce dossier.

II. L'inversion des qualifications

Deux chiffres publiés, mis côte à côte, définissent l'opportunité de la décennie :

L’arithmétique d’effectifs de la filière, millésime attaché

MesureValeur publiéeMillésime
Emplois comptés dans l’écosystème247 000Fin 2024, énoncé le 28 octobre 2025
Postes directs très techniques163 000, contre 125 000 estimés dans la première éditionFin 2024, contre début 2023
Besoin total de recrutement à 2035100 000 ETP, dont la moitié en remplacementÉnoncé le 28 octobre 2025
Part des embauches au niveau technicien, CAP à Bac+3Deux tiersÉnoncé le 28 octobre 2025
Part des salariés actuels cadres ou ingénieurs48 %Énoncé le 28 octobre 2025

Source 5 Société française d'énergie nucléaire

Lecture pratique : une filière qui recrute des diplômés du supérieur depuis des décennies a désormais besoin de mains. Si deux embauches sur trois sont sous le Bac+3 quand près de la moitié de l'effectif en place est diplômé du supérieur, le goulot n'est pas le vivier d'ingénieurs : c'est la soudure, la tuyauterie, le montage, le contrôle, la planification et la coordination de chantier. Pour un élève qui choisit entre cinq ans d'école d'ingénieur et un diplôme technique de deux ans à spécialité nucléaire, l'arithmétique de la filière favorise le second en volume. Il n'en découle pas qu'elle le favorise en rémunération ou en progression ; aucune série publiée dans nos sources ne l'établit, et nous ne l'affirmons pas.

100 000 ETP

le besoin de recrutement à 2035 énoncé par la fédération de la filière, dont la moitié remplace des départs en retraite ou vers d’autres secteurs plutôt que d’ajouter des emplois

Un besoin de recrutement n’est pas une création nette d’emplois, et la moitié de remplacement est la plus fiable : elle repose sur une démographie déjà enregistrée, non sur des décisions de programme qui peuvent glisser. Aucune part par employeur n’est publiée, et aucune n’est répartie ici.

Sources 5 Société française d'énergie nucléaire · 9 France Travail

III. La demande n'est pas simultanée

La même présentation sépare croissance immédiate et croissance différée, détail que la plupart des reprises abandonnent. Le délégué général du GIFEN illustre un besoin rapide de main-d'œuvre en génie civil pour accompagner le programme EPR2, indiquant que le nombre d'emplois consacrés à des activités nucléaires dans ce segment pourrait jusqu'à tripler dans les prochaines années. À l'inverse, le segment des montages électromécaniques nécessite moins de ressources à court terme, avec des besoins en effectifs en croissance de 20 % entre 2028 et 2032.

C'est une instruction de calendrier. Le génie civil (terrassement, béton, coffrage, ferraillage, qualité de chantier) recrute d'abord, parce qu'un réacteur est un chantier avant d'être une machine. Le montage électromécanique recrute ensuite, quand il existe un bâtiment où installer les équipements. Un jeune de vingt ans choisit aujourd'hui entre un marché tendu maintenant et un marché tendu vers la fin de la décennie. Les deux sont réels ; ce n'est pas la même décision.

IV. Où les emplois se trouvent physiquement

La concentration décide de la stratégie de recherche. Le GIFEN a identifié 1 830 entreprises à fin 2024, ce qui implique environ 2 000 structures dans la filière, et rapporte que TPE et PME représentent 91 % des structures mais 11 % des emplois, tandis qu'environ 95 % des travailleurs du nucléaire sont dans les 600 entreprises membres du GIFEN. Le nucléaire figure désormais parmi les trois plus grandes filières industrielles françaises, avec l'automobile et l'aéronautique.

Pour un candidat, cela signifie que la recherche efficace n'est pas un balayage large de petits fournisseurs. C'est une liste courte de grands employeurs et de leurs sites nommés. Framatome publie 7 500 salariés en France, un groupe de plus de 22 000 dans le monde, une business unit Combustible d'environ 5 000 personnes et une business unit Base installée de plus de 6 000 personnes, forte d'une expérience acquise sur plus de 380 réacteurs (pages de l'entreprise, non datées ; consultées le 4 septembre 2026). Son campus lyonnais de Gerland (27 500 m², près de 3 000 salariés) porte l'ingénierie, la gestion de projets, les ventes, la chaîne d'approvisionnement, la R&D et les fonctions support, et l'entreprise énonce sa proximité avec les centrales du Bugey, de Saint-Alban, de Cruas et du Tricastin et avec les usines du Creusot et de Saint-Marcel.

La forme régionale en découle : à Lyon, on est recruté pour spécifier et planifier ; en Bourgogne et en Normandie, pour fabriquer et installer. Les deux appartiennent au même programme et aucun ne remplace l'autre.

Où les emplois se trouvent physiquement, et pourquoi une recherche large fait perdre du temps

Ce qui est comptéValeur publiée
Entreprises identifiées dans la filière1 830 fin 2024, soit environ 2 000 structures
Part des structures qui sont des micro-entreprises et PME91 % des structures, pour 11 % des emplois
Part des salariés du nucléaire dans les entreprises membres de la fédérationEnviron 95 %, dans 600 entreprises

Source 5 Société française d'énergie nucléaire

V. Ce que les offres disent d'elles-mêmes

Plutôt que de déduire les rémunérations d'enquêtes, nous lisons ce que l'employeur imprime. Les offres publiées par Framatome en 2026 portent une référence, un lieu, une fourchette d'expérience et une fourchette de rémunération. Trois exemples, cités tels que publiés :

  • Ingénieur de conception expérimenté : thermomécanique crayon (réf. 2026-25569), CDI, Lyon (69), études, conception et ingénierie, 5-10 ans d'expérience, 40 000 à 50 000 €.
  • Planificateur projet EPR2 Edvance (réf. 2026-27170), CDI, Lyon (69), gestion de projets, contrats et affaires, 2-5 ans, 45 000 à 55 000 €.
  • Chargé de marché machines spéciales (réf. 2026-26505), CDI, Lyon (69), études, conception et ingénierie, 2-5 ans, 40 000 à 55 000 €.

Deux observations résistent à l'examen. D'abord, le poste de planification est payé dans la même fourchette que les postes de conception à séniorité inférieure : dans un programme mesuré par des jalons contractuels, la compétence d'ordonnancement est valorisée comme la compétence technique. Ensuite, les descriptions d'entité attachées à ces annonces nomment leur propre échelle (une unité Combustible d'environ 5 000 personnes ; une unité Base installée de plus de 6 000 sur plus de 380 réacteurs), ce qui indique au candidat quelle population interne il rejoindrait.

Ce sont trois annonces publiées, non une enquête de rémunération. Nous ne les moyennons pas, nous ne les projetons ni sur d'autres employeurs ni sur d'autres régions, et nous ne les présentons pas comme un prix de marché.

VI. La porte d'entrée publique

L'État et la filière font fonctionner un canal d'entrée commun. France Travail, co-organisateur avec l'Université des Métiers du Nucléaire, a annoncé la quatrième édition de la Semaine des métiers du nucléaire, du 9 au 13 mars 2026, avec plus de 400 événements sur tout le territoire, sous le titre d'une filière qui recherche 100 000 talents d'ici 2035. Le GIFEN lui-même, créé en 2018, fédère plus de 400 adhérents, dont EDF, Framatome, Orano et le CEA (note remise au gouvernement, avril 2023).

La valeur pratique de cette semaine n'est pas l'inspiration : c'est l'accès. Quatre cents événements organisés par une fédération d'employeurs dont les membres détiennent 95 % des emplois de la filière constituent l'introduction la moins coûteuse à des responsables de recrutement pour qui n'a pas de réseau. Elle a lieu une fois par an, et les dates sont publiées à l'avance.

VII. Un plan défendable, et ses limites

Ce que la preuve soutient, dans l'ordre :

  1. Viser délibérément la bande technicien. Deux embauches sur trois vont du CAP au Bac+3. C'est l'énoncé de la filière sur la prochaine décennie, non une supposition.
  2. Choisir le génie civil pour le court terme et le montage électromécanique pour 2028-2032. La filière a publié les deux calendriers séparément ; traitez-les comme deux marchés.
  3. Candidater d'abord aux grands employeurs. 95 % des travailleurs sont dans 600 entreprises ; 91 % des entreprises portent 11 % des emplois.
  4. Pour les profils ingénieurs, prendre au sérieux l'ordonnancement et la maîtrise de configuration. Un programme jugé sur des jalons contractuels valorise ces compétences au niveau de la conception, comme le montrent les fourchettes publiées à Lyon.
  5. Envisager l'instrumentation avec une discipline cyber. La business unit Instrumentation et contrôle-commande de Framatome porte désormais une ligne d'activité cybersécurité avec trois filiales nommées : un changement énoncé et daté de ce que fait cette unité.

Ce que nous refusons d'affirmer : tout objectif d'embauche de Framatome pour 2026 ou après ; toute part des 100 000 attribuée à un employeur ; toute tendance, médiane ou courbe de progression salariale ; toute comparaison de rémunération entre le nucléaire et d'autres secteurs ; tout chiffre d'emploi régional pour l'activité nucléaire en Auvergne-Rhône-Alpes ; tout nombre d'emplois pour le projet d'EPR2 du Bugey ; tout chiffre d'effectif pour les SMR, que Match exclut par construction ; toute affirmation que les éditions 2023 et 2025 de Match sont comparables comme un taux de croissance, ce contre quoi le président du GIFEN a lui-même prévenu ; et toute affirmation qu'une demande de techniciens implique une prime salariale de technicien, pour laquelle nous n'avons trouvé aucune source datée.

Chaque chiffre ci-dessus est attribué à un éditeur nommé avec sa date. Là où deux millésimes divergent, les deux sont imprimés.

L’argument

La colonne vertébrale de ce dossier

Chaque partie ci-dessous s’appuie sur des références que ce dossier porte, y compris celle qui énonce ce qui nous donnerait tort.

  1. La question

    La filière énonce que deux embauches sur trois se situeront sous le Bac+3, et les seules offres qui impriment une fourchette de rémunération sont des postes d’ingénieur diplômé sur un campus tertiaire. À partir de quel document un candidat de la bande technicien doit-il construire son plan ?

    Une décision qu’un lecteur nommé doit prendre, formulée en question. Un thème ne peut pas être tranché, donc jamais démenti.

  2. La tension

    La demande la plus nombreuse est la moins documentée. L’étude de filière, présentée le 28 octobre 2025, mesure la décennie à l’échelle du secteur et énonce que deux embauches sur trois se situent du CAP au Bac+3 alors que 48 % des salariés déjà en place sont cadres ou ingénieurs. Les documents d’employeur qui impriment une fourchette d’expérience et une fourchette de rémunération sont trois offres en contrat à durée indéterminée sur le campus lyonnais, en conception combustible, en planification de projet et en gestion de marché, toutes des postes de diplômé du supérieur. La preuve qu’un candidat peut réellement lire décrit donc la plus petite des deux populations.

    Deux éléments du dossier publié qui ne concordent pas, chacun citant un document que ce dossier porte.

    Références [5] [11] [12]

  3. Le mécanisme

    Les deux vivent en des lieux différents parce que la demande est mesurée à l’échelle de la filière par une fédération tandis que les offres sont publiées employeur par employeur et site par site. L’employeur décrit Lyon comme son plus grand site tertiaire en France, portant l’ingénierie, la gestion de projets, les ventes, la chaîne d’approvisionnement et les fonctions support : ce que cette adresse affiche est donc ce qu’elle abrite, tandis que le travail de technicien naît sur les chantiers et dans les usines de composants, qui ne publient ni fourchette ni effectif. Un candidat qui construit son plan à partir des annonces lit donc l’inverse de l’arithmétique de la filière, et non un autre avis sur elle.

    Pourquoi la tension existe : l’enchaînement causal, énoncé de façon contestable en tant que tel.

    Références [3] [5]

  4. Ce qui en découle

    Pour la population du CAP au Bac+3, les instruments utilisables sont le calendrier et la concentration, non les annonces. La même étude sépare un besoin immédiat en génie civil du montage électromécanique, dont les besoins en effectifs croissent de 20 % entre 2028 et 2032 : ce sont deux marchés et non un seul. Et environ 95 % des travailleurs de la filière sont dans les 600 entreprises membres de la fédération : une liste courte de grands employeurs et de leurs sites nommés vaut mieux qu’un balayage large de fournisseurs. Le seul canal publié à l’avance, la semaine annuelle coorganisée avec le service public de l’emploi, est un accès à ces employeurs plutôt qu’une source d’inspiration.

    Ce qui en découle pour le lecteur : quelle compétence se valorise, quelle comparaison cesse de tenir, quelle offre n’est pas ce qu’elle paraît.

    Références [5] [9]

  5. Ce qui nous donnerait tort

    Cette lecture tombe le jour où la bande technicien devient aussi lisible que la bande ingénieur. Un document daté d’un employeur ou de la fédération imprimant une fourchette de rémunération, ou un nombre d’embauches, pour un poste de technicien du nucléaire sur un site de production ou de chantier nommé met les deux populations sur le même plan ; une édition ultérieure de la même étude énonçant que la majorité du flux se situe au-dessus du Bac+3 en fait autant.

    L’observation qui montrerait que cet argument est faux, et la source qui la porterait.

    Références [5] [9]

  6. Notre position

    La lecture du bureau énergie : nous adoptons l’étude de filière telle que présentée le 28 octobre 2025, dont 247 000 emplois à fin 2024, la part de 48 % de cadres et ingénieurs, la répartition des qualifications du flux, les deux calendriers séparés et la concentration de l’emploi. Nous adoptons les trois offres lyonnaises comme trois annonces publiées et rien de plus, ni moyennées ni projetées sur d’autres employeurs ou d’autres régions. Nous n’adoptons aucune part des besoins de recrutement attribuée à un employeur, aucune tendance salariale et aucun chiffre pour le segment des petits réacteurs que l’étude exclut par construction.

    Ce que ce bureau conclut, signé et daté, appuyé uniquement sur les références nommées ci-dessus.

    Références [5] [11]

Signé par energy-desk, 2026-09-21

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