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Composant de cuve de réacteur en cours de contrôle dans un hall de fabrication nucléaire lourde, pont roulant et poste de soudage en lumière industrielle douce.
TENDANCES DE L'INDUSTRIE
8 min de lecture

Chiffre d’affaires +15,5 %, trésorerie d’exploitation à 49 M€ : lire un fournisseur de réacteurs comme un énoncé industriel

C

Career-On Editorial Intelligence

Note de synthèse

Le 4 mars 2026, Framatome a publié un chiffre d'affaires de 5 399 millions d'euros pour 2025, contre 4 676 millions en 2024, soit une hausse organique de 15,5 %, avec un EBITDA de 665 millions (+6,7 %), des commandes nouvelles de 5 924 millions et un flux de trésorerie généré par l'exploitation de 49 millions, contre 706 millions un an plus tôt. Ces quatre nombres, pris ensemble, décrivent autre chose qu'une croissance : une entreprise qui transforme ses commandes en travail physique plus vite qu'elle ne transforme ce travail en trésorerie, parce qu'elle paie d'avance la capacité industrielle que ce travail exige. Ce dossier lit les comptes 2025 comme un énoncé industriel, situe la couche de décision à Lyon-Gerland, où un campus de 27 500 m² accueille près de 3 000 personnes, et sépare ce que l'entreprise a publié de ce que l'étude de filière a mesuré. Douze familles d'affirmations que nous n'avons pas pu sourcer sont nommées et refusées à la fin.

I. L'entité, précisément

Framatome publie que la France abrite son siège social international et que 7 500 salariés y travaillent, dans un pays qui produit plus de 70 %1 de son électricité à partir du nucléaire. L'actionnariat est déclaré comme suit : Électricité de France à 80,5 % et Mitsubishi Heavy Industries à 19,5 % (site de l'entreprise, non daté ; consulté le 4 septembre 2026). Les pages de recrutement de l'entreprise décrivent un groupe de plus de 22 000 salariés dans le monde, une business unit Combustible d'environ 5 000 collaborateurs appuyée sur plus de quarante ans de savoir-faire, et une business unit Base installée de plus de 6 000 salariés, forte de soixante-cinq ans d'expérience internationale acquise sur plus de 380 réacteurs de toutes technologies.

Nous imprimons ces chiffres comme ceux de l'entreprise, avec leur millésime, et nous ne les réconcilions pas en un effectif unique. Un chiffre groupe supérieur à 22 000, un chiffre national de 7 500 et deux chiffres d'unité de 5 000 et 6 000 sont comptés sur des périmètres différents — mondial, français, fonctionnel. Les moyenner, ou présenter l'un comme un sous-ensemble de l'autre sans passerelle publiée, serait une invention. Le lecteur qui a besoin d'un nombre unique doit prendre celui dont le périmètre répond à sa question.

II. Lyon n'est pas un centre administratif

L'entreprise décrit son site lyonnais comme son plus grand site tertiaire en France : un campus de 27 500 m² dans le parc d'affaires TechSud, quartier de Gerland, à Work'In Park, 2 rue du Professeur Jean-Bernard (69007), où travaillent près de 3 000 salariés, selon la page d'implantation publiée par l'entreprise et consultée en 2026. Les fonctions qu'elle y nomme sont celles qui décident de ce qui sera construit : ingénierie, gestion de projets, ventes, chaîne d'approvisionnement, recherche et développement, fonctions support. Au sein du campus se trouve le SPOT, laboratoire d'innovation de l'entreprise, présenté comme une plateforme collaborative donnant accès à des ressources techniques de pointe et à des outils numériques avancés, et ouverte aux start-ups de l'énergie qui viennent y rencontrer les salariés.

L'entreprise énonce aussi la logique géographique du site : il se trouve au carrefour des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Bourgogne-Franche-Comté, à proximité des centrales régionales de Bugey, Saint-Alban, Cruas et Tricastin, et près de ses propres usines — Le Creusot et Saint-Marcel pour les gros composants notamment.

Cela compte pour qui lit la carte industrielle de la région. Un campus tertiaire de cette taille, qui porte l'ingénierie et les achats plutôt que l'assemblage, est l'endroit où s'écrit la spécification d'un programme de réacteurs. Le travail physique a lieu en Bourgogne et en Normandie ; les décisions qui le chiffrent et le séquencent se prennent au bord du Rhône. Une intelligence régionale qui ne compte que les ateliers sous-estimera systématiquement le poids de Lyon dans le programme nucléaire.

III. Ce que disent réellement les comptes 2025

Indicateur (M€)20242025Commentaire publié
Chiffre d'affaires4 6765 399+15,5 %, organique
EBITDA623665+6,7 %, organique
Trésorerie générée par l'exploitation70649« conforme à la cible »
Commandes nouvelles5 924prises d'ordres 2025

Source : communiqué de Framatome du 4 mars 2026. L'entreprise attribue la croissance du chiffre d'affaires au développement des projets EPR en France et au Royaume-Uni, à la hausse des livraisons de combustible en France, à l'activité de la business unit Instrumentation et contrôle-commande, et aux services de la base installée, notamment en Amérique du Nord. Elle attribue le mouvement de trésorerie à des investissements significatifs dans ses outils de production et à des acquisitions qui renforcent la maîtrise de sa chaîne d'approvisionnement industrielle, tout en dégageant un flux opérationnel positif de 49 millions d'euros.

Lu comme un mécanisme et non comme un tableau d'honneur : sur l'exercice 2025, le chiffre d'affaires progresse de 15,5 % quand l'EBITDA progresse de 6,7 % (publication du 4 mars 2026), donc le volume additionnel arrive à une marge marginale inférieure à celle de la base existante — ce qui est cohérent avec une entreprise en phase initiale d'exécution de contrats de construction à cycle long, où le coût est engagé avant que la courbe d'apprentissage ne paie. Et 49 millions de trésorerie d'exploitation contre 706 millions n'est pas une dégradation commerciale : l'entreprise le rattache au capital déployé dans les usines et dans les acquisitions de chaîne d'approvisionnement. Nous rapportons cette attribution comme la sienne. Nous ne disposons d'aucun montant d'investissement publié pour 2025 ; nous ne calculons donc aucune intensité capitalistique et ne disons pas quelle part de l'écart de trésorerie relève de l'investissement ou du besoin en fonds de roulement.

IV. Le carnet de commandes, en travail physique

Les jalons publiés pour 2025 se lisent comme une liste d'objets qui bougent plutôt que de contrats signés, registre plus utile pour un lecteur intéressé par les compétences :

  • L'EPR de Flamanville 3 a atteint 100 % de puissance le 14 décembre 2025, après ses essais de démarrage.
  • À Flamanville 2, le remplacement de quatre générateurs de vapeur a commencé en novembre 2025, la préfabrication ayant démarré avant l'été.
  • À Hinkley Point C tranche 1, les composants primaires sont installés et soudés. Sur la tranche 2, l'anneau de support de la cuve et les racks verticaux des équipements primaires sont installés dans le bâtiment réacteur, et la cuve ainsi que les deux premiers générateurs de vapeur ont été livrés sur site.
  • Les pièces forgées et équipements de l'EPR de Sizewell C sont fabriqués au Creusot, à Saint-Marcel et à Chalon. Le périmètre initial du contrat Sizewell C a été étendu au contrôle-commande de sûreté, aux groupes diesel d'ultime secours et au combustible.
  • Le programme EPR2 pour six réacteurs en France est décrit comme exécuté conformément aux jalons contractuels.
  • L'entreprise a finalisé l'acquisition du solde de Reaktortest, spécialiste slovaque du contrôle non destructif.
  • La business unit Instrumentation et contrôle-commande porte désormais une ligne d'activité cybersécurité avec les filiales Allentis (surveillance des réseaux informatiques et industriels), Cyberwatch (gestion des vulnérabilités) et Foxguard (cybersécurité intégrée, informatique industrielle, conformité réglementaire), et a travaillé étroitement avec Arabelle Solutions sur l'usage de la technologie TXS Compact pour le contrôle des turbines.

La ligne cybersécurité est l'élément structurel discret. Un fournisseur de réacteurs qui possède la gestion des vulnérabilités et la surveillance des réseaux industriels achète une compétence que ce sont les régulateurs, et non les clients, qui finissent par imposer à la nomenclature. Cela change aussi qui l'entreprise recrute : un programme d'instrumentation nucléaire tenu en partie par des gens dont la première discipline est la cyberdéfense, non la physique des réacteurs.

V. Où se situe la région

La presse économique régionale rapportait le 14 avril 2025 qu'Auvergne-Rhône-Alpes — décrite comme le berceau français du secteur — se prépare à une relance que personne n'imaginait quelques années plus tôt, le projet d'EPR2 du Bugey étant prévu à proximité immédiate de la centrale existante, le long du Rhône (Bref Eco). Nous en retenons la direction et l'énoncé de site. Nous n'y attachons ni nombre d'emplois, ni montant d'investissement, ni date certaine, et aucun tel chiffre ne figure dans ce dossier.

L'échelle de filière vient de l'étude du secteur lui-même. En présentant la troisième édition du rapport Match le 28 octobre 2025, le Groupement des industriels français de l'énergie nucléaire (GIFEN) comptait 247 000 emplois à fin 2024 dans l'écosystème nucléaire, soit une hausse d'environ dix pour cent en équivalents temps plein depuis le début de la décennie, ce qui place le nucléaire parmi les trois plus grandes filières industrielles françaises avec l'automobile et l'aéronautique. Les 1 830 entreprises identifiées à fin 2024 impliquent une population réelle d'environ 2 000 structures ; TPE et PME représentent 91 % des structures mais 11 % des emplois, et environ 95 % des travailleurs du nucléaire se trouvent dans les 600 entreprises membres du GIFEN.

Cette concentration est le constat qu'un lecteur régional doit garder. Un récit de programme bâti sur « des milliers de PME » se trompe arithmétiquement sur le lieu de l'emploi. Neuf entreprises sur dix sont petites ; neuf travailleurs sur dix n'y sont pas.

VI. Ce que nous avons refusé d'affirmer

Douze familles d'affirmations ont été écartées faute de source datée et attribuable :

  1. Toute attribution à Lyon d'un chiffre d'affaires, d'un carnet de commandes ou d'une marge — les comptes sont publiés au seul niveau du groupe.
  2. Toute tendance d'effectif à Lyon. « Près de 3 000 » est un énoncé de site unique et non daté, pas une série.
  3. Un montant d'investissement 2025, et donc tout ratio d'intensité capitalistique.
  4. Toute répartition de l'écart de trésorerie entre investissements, acquisitions et fonds de roulement.
  5. Tout prix d'acquisition ou chiffre d'affaires pour Reaktortest, Allentis, Cyberwatch ou Foxguard.
  6. Tout coût de programme, date de calendrier ou montant par réacteur pour EPR2.
  7. Tout chiffre d'emploi, d'investissement ou de mise en service pour l'EPR2 du Bugey.
  8. Toute réconciliation des effectifs de 22 000, 7 500, 5 000 et 6 000 en un périmètre unique.
  9. Toute affirmation d'un changement de l'actionnariat d'EDF ou de Mitsubishi Heavy Industries.
  10. Tout chiffre de marché ou d'emploi pour les petits réacteurs modulaires — le GIFEN indique que les besoins des développeurs de SMR et d'AMR sont exclus de Match.
  11. Tout objectif d'embauche propre à Framatome pour 2026, que l'entreprise n'a pas publié.
  12. Toute généralisation salariale au-delà des fourchettes imprimées dans des offres publiées individuellement.

Chaque chiffre ci-dessus porte son éditeur et sa date dans la liste des sources, et les lignes financières 2025 proviennent du communiqué de l'entreprise du 4 mars 2026, non d'une reprise de seconde main.

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