Skip to main content
Fondations monopieux jaunes d’éoliennes en mer alignées sur un quai portuaire mouillé sous un ciel gris, un navire d’installation autoélévateur amarré derrière, deux ouvriers en tenue orange haute visibilité marchant entre elles
TENDANCES DE L'INDUSTRIE
10 min de lecture

Ce que construit l’industrie énergétique européenne en 2026

L’éolien en mer est attribué plus vite qu’il n’est construit, les électrolyseurs sont engagés à une fraction des annonces, et le recyclage des batteries attend que les batteries s’usent. Huit documents datés, cinq états de projet, et ce que chacun change pour le travail.

Dossier vérifié · 30 septembre 2026 · 8 sources

Le 24 septembre 2025, le ministère de l’Économie a désigné le lauréat d’un appel d’offres éolien en mer dans la Manche et, dans le même communiqué, a constaté qu’un second appel d’offres, au large de la côte atlantique, n’avait reçu aucune offre. Un parc de 1 500 MW sera construit à plus de 40 km des côtes, au large de la baie de Seine. Au large de l’île d’Oléron, personne n’a candidaté.

Ces deux phrases, imprimées côte à côte par le même ministère le même jour, renseignent mieux sur l’industrie énergétique que n’importe quelle liste de projets annoncés. Elles disent qu’un projet n’est pas une seule chose. C’est une suite d’états, et l’emploi attaché à un projet dans un état n’est pas celui qui lui est attaché dans un autre.

Cette année, l’industrie énergétique européenne construit dans trois états à la fois : l’éolien en mer est attribué plus vite qu’il n’est construit, les électrolyseurs sont engagés à une petite fraction de ce qui avait été annoncé, et le recyclage des batteries attend des batteries qui ne sont pas encore arrivées en fin de vie ; un candidat capable de dire dans quel état se trouve un projet lit une offre d’emploi mieux que celui qui lit l’annonce.

Ce texte est le troisième du chapitre énergie de l’Atlas des industries de CareerOn. Le premier demandait où se fait l’argent ; le deuxième, quelles positions le système électrique ne peut pas remplacer. Celui-ci demande ce qui se construit réellement, et il s’impose une règle simple. Chaque projet est rangé dans l’un de cinq états : annoncé, attribué, décision finale d’investissement, en construction ou en service. Un projet est placé dans l’état le plus avancé qu’un document daté peut prouver, jamais au-delà.

Le texte s’appuie sur huit documents : le tableau de bord éolien du service statistique du ministère, le communiqué du ministère de l’Économie sur les appels d’offres, la revue mondiale de l’hydrogène et les perspectives des véhicules électriques de l’Agence internationale de l’énergie, deux rapports de la Cour des comptes européenne, le baromètre annuel de France Hydrogène et une décision de la Commission nationale du débat public. Aucun d’eux ne compte des emplois. Nous n’en comptons pas non plus.

Pourquoi l’état compte plus que le gros titre

Une annonce est une déclaration d’intention d’une entreprise. Une attribution est la décision d’une autorité publique selon laquelle un candidat nommé construira un projet nommé à des conditions fixées. Une décision finale d’investissement est le moment où l’argent est engagé et où les contrats d’équipement sont signés. La construction, c’est quand le chantier se remplit. La mise en service, c’est quand l’installation produit, et le travail change encore, de la construction vers l’exploitation et la maintenance.

Chaque état appelle des profils différents. Avant l’attribution, le travail consiste en études, campagnes de mesure, autorisations et préparation d’une offre. Entre l’attribution et la décision d’investissement, ce sont l’ingénierie, les négociations avec les fournisseurs et le financement. Pendant la construction, la gestion de chantier, la logistique, la qualité et la sécurité. En exploitation, la performance, la maintenance et la conformité. Un lecteur qui sait seulement qu’un projet existe ne sait pas lequel de ces métiers une entreprise recrute, ni même si elle recrute.

C’est pourquoi ce texte refuse le raccourci le plus courant du journalisme énergétique, qui consiste à additionner les capacités annoncées et à appeler ce total un essor. Une capacité annoncée est une promesse. Les documents ci-dessous montrent, famille par famille, jusqu’où les promesses ont avancé.

Éolien en mer : plus de projets en attente que de turbines en service

Au 31 décembre 2024, le service statistique comptait 1,5 GW d’éolien en mer raccordé au réseau et 3,4 GW de projets en mer en cours d’instruction. Autrement dit, le parc en service était plus petit que le parc qui attendait ses autorisations. Le même tableau de bord ne dit pas quels parcs sont en construction ni quand chacun sera raccordé, et nous ne le déduisons pas.

Le communiqué du ministère ajoute un troisième état. Centre Manche 2 a été attribué ; il se situe à proximité du projet précédent, Centre Manche 1. Une attribution est une décision publique ferme, mais ce n’est pas un chantier. Entre les deux se trouvent la conception, les études de site, les contrats de fourniture des turbines, des fondations et des câbles, et le raccordement, chacune de ces étapes pouvant durer plus longtemps que l’attribution elle-même.

Éolien en mer français : plus de projets en attente que de turbines en service

ÉtatCe que le document indiqueDate
En service1,5 GW raccordés en mer31 décembre 2024
En instruction3,4 GW de projets en mer à l’instruction31 décembre 2024
AttribuéCentre Manche 2, 1 500 MW, à plus de 40 km des côtes24 septembre 2025
Appel d’offres sans offreOléron 1 (AO7) n’a reçu aucune offre24 septembre 2025

Sources 1 Service des données et études statistiques (SDES) · 2 Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique

L’appel d’offres d’Oléron est la ligne la plus instructive du tableau, et aussi la plus facile à mal lire. Le communiqué constate qu’aucune offre n’a été reçue au terme de la période de candidature. Il ne dit pas pourquoi. Il serait facile de fournir une raison, le coût du capital, le prix des turbines, la difficulté du site, et chacune a été avancée ailleurs. Aucune ne figure dans le document, donc aucune ne figure dans ce texte. Ce que le document prouve est plus étroit et reste utile : un appel d’offres public pour un parc en mer peut se clore sans candidat, et une carte qui présente chaque zone mise en concurrence comme une capacité future surestime ce qui arrive.

Pour qui choisit une carrière, la forme compte plus que les totaux. La France a davantage d’éolien en mer dans ses dossiers que dans l’eau. Le travail des prochaines années penche donc vers les étapes qui précèdent la mise en service : transformer des attributions en projets, et des autorisations en chantiers.

Hydrogène : l’ambition a reculé, la base engagée continue de croître

Aucune famille de projets n’a été annoncée plus bruyamment, ni révisée plus visiblement, que l’hydrogène bas carbone. La dernière revue de l’Agence internationale de l’énergie estime la production bas carbone potentielle des projets annoncés à 37 millions de tonnes par an en 2030, contre 49 millions de tonnes dans la revue de l’année précédente. Le portefeuille s’est contracté en une seule année, et la revue le dit clairement.

La même revue imprime l’autre moitié du tableau. La production des projets en service ou ayant atteint une décision finale d’investissement devrait atteindre 4,2 millions de tonnes par an en 2030, soit cinq fois la production de 2024. Les deux affirmations sont vraies en même temps. Le portefeuille annoncé se contracte pendant que la base engagée s’élargit, et un lecteur qui n’entend que l’une des deux n’a entendu que la moitié de l’histoire.

La Cour des comptes européenne, en examinant les objectifs de l’Union européenne en matière d’hydrogène, est parvenue à une conclusion plus nette : d’après les informations disponibles auprès des États membres et de l’industrie, les objectifs se sont révélés trop ambitieux et ne seront probablement pas atteints en 2030. C’est un jugement d’audit sur des objectifs. Il ne mesure aucune usine et ne dit rien de ce qui se construit cette année.

La France offre un décompte plus étroit et plus concret. Le baromètre de France Hydrogène, publié en janvier, fait état de 50 MW de capacité d’électrolyse installée en France et de 250 MW ayant atteint la décision finale d’investissement ou en construction. C’est le décompte propre de l’organisation professionnelle, pas une statistique officielle, et il est présenté ici exactement comme tel.

Hydrogène : l’ambition a reculé, la base engagée continue de croître

PérimètreMesureCe que le document indique
Monde, annoncé pour 2030Production bas carbone49 Mt/an un an plus tôt, 37 Mt/an aujourd’hui
Monde, en service ou FIDProduction en 20304,2 Mt/an, cinq fois la production de 2024
France, fin 2025Capacité d’électrolyse50 MW installés ; 250 MW en FID ou en construction
Objectifs de l’UEJugement d’auditPeu susceptibles d’être atteints en 2030

Sources 3 International Energy Agency · 7 France Hydrogène · 4 European Court of Auditors

Lues ensemble, les quatre lignes décrivent une industrie qui sort de l’étape des annonces moins nombreuse qu’elle n’y est entrée. Les projets qui restent sont ceux où l’argent est engagé. Pour celles et ceux qui les construisent et les exploitent, c’est un lieu de travail plus stable qu’un portefeuille d’intentions, même s’il est plus petit.

Recyclage des batteries : attendre que les batteries s’usent

Le recyclage des batteries est souvent décrit comme un problème d’usines : construisez assez de capacité et la matière suivra. Les documents décrivent plutôt un problème d’approvisionnement. La Cour des comptes européenne a constaté que le recyclage couvre en moyenne à peine 10 % de la demande des matières concernées, une moyenne pour 2023 et non un chiffre actuel.

L’Agence internationale de l’énergie explique pourquoi cette part ne peut pas monter vite. Les batteries en fin de vie des véhicules électriques et du stockage ne devraient représenter qu’un tiers de la matière recyclable en 2030, les chutes de fabrication constituant le reste, et il faudra une dizaine d’années pour que les batteries en fin de vie deviennent la source principale. Les batteries qui alimenteront les usines de recyclage à grande échelle roulent encore, pour l’essentiel, dans des voitures.

La Commission nationale du débat public fournit le seul document portant sur une usine dans cette famille. Dans une décision du 5 février 2025, elle a pris acte de la suspension de ReLieVe, le projet d’usine de recyclage de batteries de véhicules électriques d’Eramet à Dunkerque, que l’entreprise lui avait signalée en octobre 2024. La décision ne donne ni motif ni capacité. Elle prouve qu’une usine française annoncée s’est arrêtée avant la construction. Elle ne prouve pas qu’une usine tourne à vide, et ce texte ne le dit pas.

Le recyclage des batteries attend que les batteries arrivent en fin de vie

DocumentCe qu’il indiquePérimètre
Cour des comptes européenneLe recyclage couvre en moyenne à peine 10 % de la demande de matièresUE, moyenne 2023
AIEBatteries en fin de vie : un tiers seulement de la matière en 2030 ; une dizaine d’années pour devenir la source principaleMonde, projection
CNDPPrend acte de la suspension de l’usine ReLieVe d’Eramet à DunkerqueUne usine française, 5 février 2025

Sources 5 European Court of Auditors · 6 International Energy Agency · 8 Commission Nationale du Débat Public

La lecture honnête porte donc sur le calendrier. La matière dont le recyclage a besoin arrive lentement, et une usine annoncée avant que sa matière existe peut être mise en pause. Pour les ingénieurs procédés qui feront tourner ces usines, la question à poser à un employeur n’est pas la taille de l’usine, mais d’où viendra sa matière, et quand.

L’argument contraire

L’objection la plus solide à cette lecture est qu’elle repose sur des dates déjà passées. Un tableau de bord arrêté à la fin d’une année, un communiqué d’un automne et un baromètre d’un hiver peuvent tous être dépassés, et un projet seulement attribué dans un document peut être en construction dans le suivant. L’objection est juste, et c’est la raison pour laquelle chaque ligne de ce texte porte sa date. L’état d’un projet est un fait sur un moment, pas une étiquette permanente.

Une deuxième objection concerne l’hydrogène. On peut lire la contraction du portefeuille comme un effondrement, et certains l’ont fait. La revue elle-même ne le permet pas. La base engagée croît, et le jugement des auditeurs porte sur des objectifs, pas sur les usines qui ont atteint une décision. Ce texte imprime les deux moitiés parce que les documents les impriment.

Une troisième objection concerne le recyclage. Une usine suspendue est une usine. La décision ne peut pas valoir pour toute l’industrie, et nous ne le lui demandons pas ; elle vaut seulement pour le fait qu’une usine annoncée peut s’arrêter, ce que la projection sur la matière dit en termes généraux.

Ce qui changerait la lecture

La lecture changerait si le service statistique montrait des parcs en mer passant de l’instruction à la mise en service plus vite que de nouveaux projets n’entrent à l’instruction, si la prochaine revue de l’hydrogène relevait à nouveau le portefeuille annoncé, ou si un document public montrait une usine française de recyclage tournant à grande échelle sur des batteries en fin de vie plutôt que sur des chutes. Chacun de ces cas serait un document daté, et chacun ferait monter un projet d’un état dans les tableaux ci-dessus. Nous mettrons le texte à jour quand l’un d’eux paraîtra, et nous consignerons la modification.

Ce que cela change pour votre carrière

Les trois familles appellent trois types de travail, et chaque simulation proposée ci-dessous en fait pratiquer un.

L’éolien en mer, dans l’état que décrivent les documents, a besoin de personnes qui transforment une attribution en projet : coordonner les études, les fournisseurs, le raccordement et les autorisations encore à l’instruction. C’est le travail d’un ingénieur projet de parc éolien en mer.

L’hydrogène, là où l’argent est engagé, a besoin de personnes qui font fonctionner des électrolyseurs dans une vraie usine : dimensionnement, intégration, sécurité et limites d’exploitation de l’empilement. C’est le travail d’un ingénieur hydrogène vert spécialiste des électrolyseurs PEM.

Le recyclage des batteries, où la matière est la contrainte, a besoin d’ingénieurs procédés capables de faire tourner une ligne avec la matière qui arrive réellement, surtout des chutes de fabrication pour l’instant, et de préparer celle qui arrivera plus tard.

Si vous voulez apprendre comment un parc attribué devient un chantier, commencez par la simulation d’ingénieur projet éolien en mer. Si vous voulez travailler là où l’argent engagé devient des usines, commencez par la simulation d’ingénieur hydrogène vert sur électrolyseurs. Si vous voulez comprendre pourquoi une usine de recyclage dépend de ce qui passe sa porte, commencez par la simulation d’ingénieur procédés en recyclage de batteries lithium-ion. Aucun de ces documents ne dit combien d’emplois existent, et nous ne prétendons pas le contraire. Chaque simulation vous permet de faire le travail avant de le choisir.

Façonnez l'avenir de l'exploration de carrière

Vous voulez une simulation pour ce rôle ou secteur ?

Nous construisons la bibliothèque la plus complète de simulations de postes. Dites-nous ce que vous aimeriez pratiquer, et nous travaillerons avec nos partenaires pour le créer, entièrement gratuitement.

Demander une simulation

CareerOn

S’exercer au métier

3 simulations CareerOn reprennent le travail décrit dans ce dossier.

D’autres simulations sont en préparation.

Voir toutes les simulations