À la fin de 2025, la France avait habilité 3 961 commissaires aux comptes, 38 auditeurs de durabilité et 19 organismes tiers indépendants à certifier des informations de durabilité. Dans le même dossier public, 90 heures décrivent une condition transitoire de formation, 263 désignent des examens de déclarations de durabilité et 1 911 correspond aux fiches métier du référentiel de France Travail de juin 2026. Rapprochés, ces chiffres ressemblent à un marché du travail. Ils n'en forment pas un. Ils mesurent une offre habilitée, une compétence, une activité de supervision et un système de classification. Aucun ne compte des postes vacants, des recrutements ou une pénurie.
C'est le cinquième et dernier article du chapitre durabilité de l'Atlas des industries CareerOn. Les articles précédents ont suivi l'argent, la chaîne institutionnelle, le premier travail de reporting et les débats autour de la simplification. Celui-ci pose la question du candidat : quels métiers le dossier officiel décrit-il réellement, et quelle part de ce travail peut-on répéter dès maintenant ? Nous avons lu neuf documents primaires datés provenant de l'autorité française de l'audit, du normalisateur européen, des superviseurs européens et du service public français de l'emploi. La réponse est plus utile qu'une liste de titres à la mode, car elle distingue une responsabilité d'un métier.
Le dossier public définit plus précisément le travail de préparation, d'assurance et d'examen qu'il ne définit les métiers du reporting de durabilité ; les candidats devraient donc répéter une décision documentée et sa piste de preuves plutôt que déduire une pénurie de talents de chiffres incomparables.
Neuf documents, lus comme un dossier sur le travail
Le corpus commence par la Haute autorité de l'audit, ou H2A. Son rapport annuel donne le stock de professionnels et d'organismes habilités en France. Sa synthèse d'inspection décrit qui contrôle les missions de certification de durabilité. Sa décision sur la formation consigne une voie transitoire d'acquisition de la compétence. Les deux guides d'application de l'EFRAG décrivent la matérialité et les informations de la chaîne de valeur du côté du préparateur. Le Comité européen des organes de supervision de l'audit décrit les procédures d'une mission d'assurance limitée. L'ESMA consigne les examens et rend un avis sur un projet de normes révisées. France Travail définit la portée du ROME et fournit l'export complet de juin 2026 dans lequel nous avons recherché les intitulés de métier.
Nous avons écarté cinq substituts séduisants. Un profil qualifié de recherché sans population mesurée ne prouve pas la demande. Les décomptes d'offres d'emploi peuvent comporter des doublons et ne sont ni des embauches ni des postes non pourvus. Les études générales sur les métiers verts n'isolent pas le travail de reporting. Les pages vivantes de procédure et de catalogue ne sont pas les décisions datées qui les fondent. Une épreuve signalée comme non officielle ne peut porter une affirmation officielle. Il reste un dossier plus étroit, mais dans lequel chaque conclusion remonte au document qui l'étaye.
La règle de lecture est simple. Un document officiel peut attribuer un travail sans créer un métier. Une habilitation peut établir une offre autorisée sans établir une demande de main-d'œuvre. Un examen peut établir une activité sans révéler l'effectif des contrôleurs. Une durée de formation peut décrire une voie de compétence sans compter ceux qui l'ont suivie. Ces distinctions ne sont pas des réserves ajoutées à la fin. Elles forment l'architecture de la conclusion.
Quatre responsabilités apparaissent avant quatre métiers
Le travail du préparateur est le plus clair. Le guide de l'EFRAG sur la matérialité explique que l'évaluation est le processus par lequel l'entreprise détermine les informations matérielles relatives aux incidences, risques et opportunités de durabilité. Elle y parvient en déterminant les enjeux matériels et les informations matérielles à publier. Le sujet de ces deux propositions est l'entreprise. Le guide n'attribue pas le processus à un salarié nommé analyste ESG et reste explicitement un guide non contraignant, subordonné aux normes elles-mêmes.
Les informations de la chaîne de valeur créent une deuxième tâche de préparation. L'EFRAG décrit ce qui se produit lorsque la collecte directe échoue : après avoir déployé des efforts raisonnables, si l'entreprise ne peut recueillir les informations primaires auprès des acteurs de sa chaîne de valeur, elle doit estimer les informations manquantes. C'est une séquence compréhensible pour un candidat : rechercher l'information primaire, consigner les efforts raisonnables, puis estimer ce qui manque encore. Elle ne nomme ni cabinet, ni fournisseur de logiciel, ni intitulé de poste.
L'assurance est un travail différent. Le guide du CEAOB cite parmi les techniques utilisables dans une mission d'assurance limitée l'inspection, l'observation, la confirmation, le recalcul, la réexécution, les procédures analytiques et les demandes d'informations, séparément ou ensemble. Ce sont des procédures qu'un professionnel applique dans une mission. Elles ne sont pas des étapes supplémentaires que l'on peut rattacher silencieusement au rôle du préparateur, et le guide n'est pas contraignant.
La supervision est encore autre chose. La H2A écrit que les contrôles des missions de certification des informations de durabilité sont effectués exclusivement par ses contrôleurs. L'ESMA décrit une activité parallèle sur les marchés publics : chaque année, elle collecte les données sur le nombre d'examens réalisés et le nombre de mesures prises par les autorités nationales. Un organisme contrôle les missions d'assurance ; les autorités nationales examinent les déclarations déposées et rendent compte de leur activité par l'ESMA. Aucune phrase ne dit combien de personnes font ce travail ni combien devraient être recrutées.
Quatre responsabilités, nommées par des documents différents
| Responsabilité | Travail décrit par le document | État du document |
|---|---|---|
| Préparation | Déterminer les enjeux matériels et les informations à publier | Guide non contraignant de l’EFRAG |
| Audit de durabilité | Certifier les informations de durabilité comme auditeur habilité | Registre d’habilitation de la H2A |
| Assurance limitée | Inspecter, observer, confirmer, recalculer, réexécuter, analyser ou interroger | Guide non contraignant du CEAOB |
| Examen de supervision | Contrôler les missions de certification et examiner les déclarations de durabilité | Registres de supervision de la H2A et de l’ESMA |
Sources 4 EFRAG · 1 Haute autorité de l’audit (H2A) · 6 Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives · 2 Haute autorité de l’audit (H2A) · 7 European Securities and Markets Authority (ESMA)
Le graphique emploie donc des responsabilités, et non l'affirmation que l'Europe aurait normalisé quatre intitulés de poste. La préparation appartient à l'entreprise. La certification appartient aux professionnels et organismes habilités. Les procédures d'assurance limitée appartiennent à une mission. L'examen appartient aux contrôleurs et aux autorités nationales. Un employeur peut réunir ou séparer ce travail sous plusieurs titres. Le dossier public prouve que le travail existe ; il ne prouve pas un organigramme universel.
Les chiffres sont réels, leur somme ne signifie rien
Le chiffre qui ressemble le plus à une mesure du travail est le stock de la H2A. Son rapport annuel consigne : « À la fin de l’exercice 2025, 3 961 commissaires aux comptes, 38 auditeurs de durabilité et 19 organismes tiers indépendants étaient habilités à certifier des informations de durabilité. » C'est un état daté des habilitations en France. Ce n'est pas un décompte des rapports certifiés, des mandats attribués, des personnes recrutées ou des emplois non pourvus. Les trois catégories ne doivent pas davantage être traitées comme trois ensembles comparables de postes vacants.
La décision de formation offre un autre chiffre séduisant : « à titre transitoire, les compétences initiales pour exercer cette mission sont acquises via l’accomplissement d’une ou plusieurs formations homologuées par la H2A totalisant une durée d’au moins 90 heures. » Quatre-vingt-dix heures constituent une durée minimale dans une voie transitoire de compétence. Elles ne disent rien des formations achevées, des validations, des effectifs actuels ou de la demande des employeurs. Elles ne peuvent pas non plus être ajoutées à un nombre de personnes habilitées.
Le chiffre de l'ESMA mesure un résultat de la supervision : parmi les 263 examens de déclarations de durabilité préparées conformément à la directive et aux ESRS, 25 % concernaient des déclarations volontaires d'émetteurs qui n'étaient pas encore soumis aux normes. Deux cent soixante-trois est le nombre d'examens consigné pour 2025, pas le nombre de contrôleurs. Le rapport avertit par ailleurs que les taux de mesures issus d'échantillons fondés sur le risque ne sont pas des estimations de la population. L'activité peut augmenter tandis que les effectifs baissent, restent stables ou progressent. Ce document ne permet pas de trancher.
Le dernier chiffre appartient à la classification. France Travail écrit : « Le ROME permet de référencer les métiers et emplois de tous les secteurs d’activité (ainsi que les compétences / savoirs associés à ces métiers et emplois). » Nous avons recherché dans l'export complet de juin 2026, qui contient 1 911 fiches. Il ne comprend aucun intitulé combinant durabilité et reporting. Il contient en revanche le métier plus large de Responsable RSE. Ce résultat est exact pour cette édition du référentiel. Il ne montre pas qu'aucun employeur n'utilise un titre plus étroit en dehors du ROME.
Quatre mesures à ne jamais additionner
| Chiffre | Ce qu’il compte | Ce qu’il ne compte pas |
|---|---|---|
| 3 961 / 38 / 19 | Commissaires aux comptes / auditeurs de durabilité / organismes tiers indépendants habilités fin 2025 | Postes vacants, mandats ou recrutements |
| 90 heures | Formation homologuée minimale pendant la période transitoire | Professionnels formés ou employés |
| 263 | Examens de déclarations de durabilité en 2025 | Contrôleurs ou emplois |
| 1 911 | Fiches métier recherchées dans l’export ROME de juin 2026 | Personnes ou postes vacants |
Sources 1 Haute autorité de l’audit (H2A) · 3 Haute autorité de l’audit (H2A) · 7 European Securities and Markets Authority (ESMA) · 9 France Travail
Ces mesures répondent à des questions distinctes. Qui était habilité à une date donnée ? Quelle durée minimale une voie transitoire de formation exigeait-elle ? Combien de déclarations les autorités ont-elles examinées en une année ? Quels métiers un référentiel national nommait-il dans une édition donnée ? Additionner les réponses fabriquerait une mesure qu'aucun éditeur n'a produite. Appeler le résultat une pénurie de talents ajouterait une seconde invention : aucun document ne mesure les postes vacants, les postes non pourvus ou les recrutements infructueux.
Répéter le travail, pas l'intitulé
L'absence d'un métier ROME distinct ne rend pas le travail imaginaire. Elle déplace l'endroit où un candidat doit chercher la preuve. Le guide sur la matérialité décrit une décision : déterminer les incidences, risques et opportunités de durabilité qui comptent, puis déterminer les enjeux et les informations à publier. Le guide sur la chaîne de valeur décrit une opération de preuve : rechercher des informations primaires et n'estimer les informations manquantes qu'après des efforts raisonnables. Les deux peuvent être répétés et examinés sans prétendre qu'une classification officielle a nommé la personne qui les accomplit.
Cette lecture par les tâches est plus solide qu'une correspondance de titres. Un intitulé peut être large alors que le travail est précis. Responsable RSE peut couvrir la stratégie, les opérations, le dialogue avec les parties prenantes et le reporting. Analyste ESG peut être utilisé par un employeur sans apparaître comme métier ROME distinct. Un candidat capable de montrer la décision de matérialité, la piste de preuves, les hypothèses et les points de contrôle donne à l'employeur un objet inspectable sous l'un ou l'autre intitulé.
L'assurance et l'examen révèlent la limite du catalogue CareerOn actuel. Le document du CEAOB décrit l'inspection, l'observation, la confirmation, le recalcul, la réexécution, les procédures analytiques et les demandes d'informations. Les documents de la H2A et de l'ESMA décrivent le contrôle et l'examen. Ces étapes sont documentées, mais aucune simulation de durabilité de la bibliothèque actuelle n'entraîne à la responsabilité du prestataire d'assurance ou du contrôleur de supervision. Une fiche sans rapport masquerait la lacune au lieu de la résoudre.
Deux étapes à répéter, deux responsabilités encore absentes
| Étape documentée | Couverture CareerOn | Limite de la preuve |
|---|---|---|
| Déterminer les enjeux matériels et les informations à publier | Simulation analyste ESG en double matérialité | Attribué à l’entreprise, pas à un titre d’analyste |
| Collecter les informations primaires de la chaîne de valeur ; estimer après des efforts raisonnables | Simulation analyste ESG en reporting extra-financier | Collecte et estimation seulement ; pas l’assurance |
| Réaliser les procédures d’assurance limitée | Lacune du catalogue | Prestataire d’assurance |
| Contrôler les missions et examiner les déclarations | Lacune du catalogue | Contrôleur de supervision |
Sources 4 EFRAG · 5 EFRAG · 6 Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives · 2 Haute autorité de l’audit (H2A) · 7 European Securities and Markets Authority (ESMA)
La distinction aide aussi les recruteurs. Une offre devrait nommer l'étape et la responsabilité dont elle a besoin. La personne doit-elle déterminer les informations matérielles pour l'entreprise, collecter les preuves de la chaîne de valeur, réaliser des procédures d'assurance limitée ou examiner une déclaration déposée ? Ces demandes ne sont pas interchangeables. Nommer le livrable et la limite de contrôle donne aux candidats une épreuve plus juste qu'un titre large suivi d'une liste indéfinie de compétences en durabilité.
Le contre-argument, gardé dans l'article
Une future étude officielle pourrait prouver une pénurie. Elle devrait définir une population du reporting de durabilité et fournir une mesure datée, comme les postes vacants, les postes non pourvus, la durée de recrutement ou les recherches infructueuses. Une édition ultérieure du ROME pourrait aussi ajouter un métier distinct du reporting. L'un ou l'autre résultat modifierait cet article. Les preuves actuelles n'interdisent pas ces possibilités ; elles ne les mesurent simplement pas.
Le langage des employeurs forme un autre contre-argument. Les entreprises peuvent utiliser des titres plus étroits qu'une classification nationale, et un site d'offres d'emploi peut révéler ce langage. Mais les annonces exigent leur propre méthode : dédoublonnage, période et géographie définies, traitement des republications et distinction entre un poste annoncé et un recrutement achevé. Sans ce travail, un décompte d'annonces serait un signal de marché, pas la preuve d'une pénurie.
La carte des responsabilités peut également changer. Les normes européennes sont en cours de révision, et l'avis de l'ESMA de février 2026 parle d'un projet d'ESRS 1 révisé lorsqu'il traite de la manière dont la double matérialité détermine les informations des déclarations de durabilité. Un avis technique sur un projet n'est pas une norme adoptée. Si la Commission adopte une formulation différente, les étapes de préparation devront être relues contre l'acte final. Les graphiques préservent cet état au lieu de présenter un projet comme du droit établi.
Ce que cela change pour votre carrière
Commencez par la décision que vous voulez être digne de prendre. Analyste ESG : reporting CSRD et double matérialité entraîne au processus documenté de détermination des enjeux de durabilité matériels et des informations à publier. Le guide officiel attribue ce processus à l'entreprise, pas à un salarié portant le titre d'analyste. La simulation prouve donc une pratique sur une étape réelle, pas que le titre a un statut juridique ni que les employeurs font face à une pénurie mesurée.
Analyste ESG : reporting extra-financier CSRD peut être placée plus étroitement. Elle entraîne à rechercher des informations primaires sur la chaîne de valeur et à estimer les informations manquantes après des efforts raisonnables. Le guide retenu étaye la collecte et l'estimation. Il ne décrit pas l'analyse d'écarts de la fiche comme une méthode officielle, et il ne transforme pas la préparation en assurance. Un candidat devrait présenter les preuves recueillies, les efforts déployés, le fondement de l'estimation et le point auquel un réviseur devrait contester le résultat.
Deux prochaines simulations restent à construire. Une simulation de prestataire d'assurance devrait demander au candidat de planifier et réaliser des procédures d'assurance limitée sur une déclaration préparée. Une simulation de contrôleur de supervision devrait lui demander de sélectionner, examiner et consigner un constat sans convertir un échantillon fondé sur le risque en affirmation sur toute la population. Tant que ces expériences n'existent pas, le catalogue doit montrer clairement les lacunes.
Pour un employeur, le geste pratique est tout aussi direct : recruter pour un travail dont la responsabilité est claire. Demandez une décision de matérialité avec sa piste de preuves, une estimation sur la chaîne de valeur avec le relevé des efforts raisonnables, une procédure d'assurance avec sa conclusion ou un constat d'examen avec la limite de son échantillon. Ne citez pas l'offre habilitée, les heures de formation ou le volume d'examens comme preuve de rareté tant qu'une étude du travail ne mesure pas cette rareté.
Ce que nous n'avons pas pu prouver
Nous n'avons pas pu prouver une pénurie, un nombre de postes vacants, un taux de recrutement ou un taux de recherches infructueuses dans le reporting de durabilité. Nous n'avons pas pu prouver que le stock d'habilitations de la H2A égale le nombre de personnes qui certifient activement des rapports. Nous n'avons pas pu déduire la demande de professionnels des examens ou de la durée de formation. Nous n'avons pas pu prouver que les employeurs n'utilisent jamais de titres propres au reporting, seulement que l'édition complète de juin 2026 du ROME n'en contenait pas. Nous n'avons pas pu transformer un guide d'application non contraignant ou un guide d'assurance non contraignant en droit du recrutement.
Le regard de CareerOn, signé par la rédaction : le titre est la partie la moins durable de ce marché. L'actif durable est un travail inspectable, avec sa décision, ses preuves, son incertitude et sa limite de contrôle visibles. Répétez cela, puis laissez l'employeur décider comment le nommer.
